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La mer, sur les dents

Alors que des vagues de migrants déferlent sur les côtes européennes, La Mer d’Edward Bond caresse les rivages de la Comédie Française. Le spectateur est plongé de plein fouet dans la tempête qui éclate au cours de cette nuit noire et violente pour laisser des traces irréversibles sur les habitants de cette petite ville du Suffolk divisés par la tragédie. L’embarcation de Colin et de Willy va venir perturber la quiétude de cette petite ville repliée sur elle-même et régie par ses propres codes : Mrs Rafi, véritable matrone bourgeoise qui mène tout son entourage à la baguette, sa dame de compagnie qu’elle martyrise, le pasteur qui n’a aucune prise sur elle, Evens qui n’a trouvé comme seule échappatoire à la vie en communauté que de vivre en ermite sur la plage. Et justement, durant la nuit, il était placé mieux que personne pour voir la scène. Assez tôt dans la nuit, la tempête faisant rage, un bateau de retrouve en difficulté. Si Willy arrive sain et sauf sur le rivage, l’autre marin, Colin, reste désespérément introuvable et le garde-côte volontaire Hatch lui refuse son aide, le prenant pour un martien.


Le lendemain matin, alors que le calme est revenu en mer, c’est le village qui est en ébullition suite au drame. Pourquoi personne n’a rien fait ? Mrs Rafi terrorise justement son drapier Hatch qui devient à moitié fou et se complait dans sa paranoïa sur la venue d’extra-terrestres.

Paradoxalement, on rit énormément en assistant à ce drame. Plusieurs scènes sont particulièrement exquises. La suprématie de Mrs Rafi sur tout ce microcosme rend les rapports très drôles. La scène chez son drapier contraste par rapport à la noirceur de la tempête de la nuit. Elle passe des heures à essayer des paires de gants sans en trouver aucune à son goût, elle commande des rideaux qu’elle n’achètera jamais. Sa dame de compagnie a beaucoup de mal à la raisonner. Elle régente tout, en particulier lorsqu’elle organise la répétition d’une petite pièce de théâtre qui n’est que le reflet de leur société hyper hiérarchisée (sa servante se voit attribuer le rôle du chien qui jappe).


On n’adhère pas complètement à cette tragédie, notamment parce que les personnages sont comme des caricatures qui préfèrent poursuivre leurs querelles de voisinage plutôt que de s’interroger sur les vrais problèmes de la nuit. Jusqu’à la cérémonie pour disperser les cendres du pauvre marin échoué, l’occasion pour chacun de montrer son talent, de se faire valoir, ou de régler un compte personnel, laissant peu de place au recueillement ou à la solennité de l’instant.

Les décors sont sublimes, en particulier l’effet des vagues admirablement rendu par le scénographe Jacques Gabel. Les personnages de la matrone (Cécile Brune tyrannique à souhait), de l’ermite (Laurent Stocker, métamorphosé), du drapier fou (Hervé Pierre hilarant) et de la dame de compagnie rebelle (Elsa Lepoivre) sont admirablement tenus par des acteurs réguliers de la comédie française qu’on retrouve toujours avec le même plaisir.

Au final, l’histoire peu convaincante, qui manque de tension dramatique, a du mal à nous embarquer, même si l’on peut saluer cette capacité de Bond à nous faire rire des petites bassesses humaines en pleine tragédie, qui signe la fin d’une époque. Pour preuve, à la fin, le survivant prend la place du naufragé auprès de la jeune promise et quitte cette atmosphère étouffante pour un avenir plus prometteur, ailleurs.

Jusqu’au 15 Juin à La Comédie Française.

D’Edward Bond

Mise en scène : Alain Françon

Avec

Cécile Brune : Louise Rafi

Éric Génovèse : Le Pasteur

Coraly Zahonero : Mafanwy Price

Céline Samie : Rachel

Laurent Stocker : Evens

Elsa Lepoivre : Jessica Tilehouse

Serge Bagdassarian : Carter

Hervé Pierre : Hatch

Pierre Louis-Calixte : Thompson

Stéphane Varupenne : Hollarcut

Jérémy Lopez : Willy Carson

Adeline d'Hermy : Rose Jones

Jennifer Decker : Jilly

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